Ton travail a le mérite de nommer les fractures au lieu de les dissoudre, et en cela il est précieux. Mais depuis le premier article, une tension persiste à la lecture, liée à une faille discrète qui mériterait peut-être d’être exposée à son tour pour ce dernier article : celle du statut même de la parole révélée contemporaine.
Les deux textes que tu retiens comme “voies contemporaines” ne sont pas de simples méditations spirituelles modernes. Ils portent une prétention particulière : celle d’une parole reçue, transmise, donnée. En leur accordant une telle place dans ta comparaison, tu ne fais pas seulement un choix documentaire ; tu engages, même implicitement, une position sur la recevabilité de ce type de source.
Or cette position, dans ton texte, demeure en retrait.
C’est un point décisif. Car qu’est-ce qui autorise aujourd’hui à prendre au sérieux une prétention révélée contemporaine ? La profondeur du texte ? Sa cohérence ? Sa fécondité existentielle ? Son effet transformateur ? Ou la reconnaissance explicite d’une possibilité toujours vivante de révélation ?
Sans clarification, il subsiste une ambiguïté : ces textes semblent jouer un rôle plus structurant qu’un simple témoignage moderne, sans que soit exposée la position qui rend cet usage pleinement cohérent.
Alexander, tout d'abord merci pour ta remarque et ta demande de clarification. J'apprécie toujours, dans tes interventions, à la fois la rigueur de la pensée et la manière très respectueuse et fraternelle avec laquelle tu la formules. Et si j'ai tardé un peu à te répondre, c'est qu'hier, alors que je m'apprêtais à le faire, j'ai suivi avec un grand intérêt ton échange avec Patrick — me réjouissant infiniment que mon texte puisse susciter exactement ce que j'espère cultiver ici : le dialogue véritable. Merci à toi et à Patrick pour cela ! (NOTA : l'échange évoqué ici méritait par sa qualité d'être republié en article autonome comme contribution des lecteurs. Il se trouve donc ici: https://www.jnd.one/p/discernement-parole-revelee-dialogue-lecteurs).
En accordant aux voix contemporaines évoquées dans cette série une place comparable à celle des traditions millénaires, je reconnais effectivement, même implicitement, leur recevabilité à un niveau d'intérêt équivalent — et cette position méritait sans doute d'être explicitée plutôt que de demeurer entre les lignes. Ta remarque est juste, et je la reçois comme telle.
Je l'avais esquissée, mais trop brièvement, dans un texte de janvier intitulé D'où j'écris : héritages, liberté intérieure et Paroles de Vie, où je nommais ces deux ouvrages — les Dialogues avec l'Ange et la Révélation d'Arès, renommée le Signe dans sa dernière édition de 2024 — comme constituant des références structurantes dans ma démarche. Peut-être aurais-je dû préfacer cette série sur la non-dualité d'une présentation plus approfondie de ces deux textes avant d'en faire un usage comparatif aussi systématique. C'est un retour que je ferai prochainement, dans le prolongement direct de ces trois articles, pour déployer ce qui n'y était qu'évoqué — en particulier les aspects qui me semblent pleinement novateurs et dont la portée pour penser les crises contemporaines et les voies d'une refondation civilisationnelle me paraît considérable.
Pour répondre maintenant plus précisément à ta question sur les critères qui fondent, pour moi, cette recevabilité, j'emprunterai à nouveau — fidèle à la méthode de ces articles — la voie comparative, en mettant délibérément entre parenthèses l'angle de la foi, c'est-à-dire sans présupposer ni écarter l'adhésion préalable à leur nature révélée. Ce choix n'est pas un évitement : c'est une exigence de cohérence, car la question que tu poses est une question de lecture et de discernement, non une question de conversion.
Convergences structurelles avec les grandes irruptions prophétiques. À la lecture attentive et sans a priori de ces textes, certaines similitudes structurelles avec les conditions d'émergence des paroles fondatrices des grandes traditions s'imposent avec une force difficile à ignorer. Jésus ressuscité apparaît aux apôtres ; le Christ apparaît à Michel Potay à Arès en 1974. L'expérience de Moïse telle que l'Exode la rapporte — cette conflagration d'énergies divines qui s'expriment dans un buisson qui brûle sans se consumer, cette voix qui assigne une mission, cette résistance de l'homme appelé, cette insistance du Divin — trouve dans le récit que Michel Potay fait des théophanies de 1977 des convergences troublantes dans leur structure même : la qualité de l'irruption, le type d'altérité radicale, l'expérience de débordement de l'humain par quelque chose qui n'est manifestement pas lui. Les anges parlent à Marie, aux prophètes, à Muhammad dans les traditions abrahamiques — parlent-ils par leur propre voix, ou à travers la voix des humains comme c'est le cas dans les Dialogues avec l'Ange, où Hanna Dallos dit simplement, au seuil du premier entretien : « Attention, ce n'est plus moi qui parle » ?
Continuité et rupture dans la ligne prophétique. Un deuxième critère me semble décisif : ces textes assument explicitement l'héritage des Paroles précédentes. Ils ne surgissent pas dans un vide culturel ou spirituel. Ils reconnaissent leurs prédécesseurs, en contestent souvent l'application institutionnelle — les constructions théologiques, sociales ou politiques qui s'en revendiquent — et en approfondissent le fond en invitant à un retour à une vie spirituelle plus authentique, plus libre des structures, plus responsable dans son engagement concret dans le monde. Ce mouvement de continuation-rupture-approfondissement est précisément celui qu'on observe dans les grandes articulations prophétiques de l'histoire : Jésus assume et dépasse la Torah ; Muhammad assume et renouvelle les révélations précédentes ; la Réforme assume et bouscule l'édifice médiéval. La ligne est la même ; le signe de reconnaissance l'est aussi.
L'effet transformateur sur les récepteurs. Ces Paroles ont bouleversé la vie, la pensée et les représentations de ceux qui les ont reçues — non par séduction progressive mais par l'irruption brutale d'un surnaturel dans leur quotidien, qui les a surpris, déstabilisés, puis reconfigurés en profondeur. Hanna, Lili, Joseph et Gitta n'étaient pas en attente d'une révélation ; Michel Potay n'était pas un mystique en quête de visions. Cette impréparation subjective, jointe à la cohérence et à la densité de ce qui s'est manifesté, est l'un des signes que les grandes traditions ont traditionnellement reconnu comme index de l'authenticité prophétique — à rebours des révélations fabriquées, qui se produisent toujours dans le sens attendu.
Le contenu comme dépassement manifeste de ses récepteurs. C'est peut-être le critère le plus saisissant à mes yeux. La lecture attentive de ces textes révèle un contenu qui dépasse manifestement tout ce que les personnes qui les ont reçues auraient été capables de concevoir et de formuler par leurs propres moyens intellectuels ou spirituels — non par leur seule beauté littéraire, mais par leur cohérence systémique, leur profondeur anthropologique, et surtout par leur capacité à formuler des réponses aux questions les plus aiguës de notre époque avec une précision qui ne ressemble pas au produit d'une réflexion humaine ordinaire, si brillante et cultivée soit-elle. Il y a là, selon moi, l'irruption de l'Ailleurs qui s'adresse aux humains en leur livrant des ouvertures cruciales vers une spiritualité libérée des dogmes et des autorités institutionnelles, qui se réalise dans l'expérience directe du changement de soi, et qui offre des directions concrètes pour faire évoluer les sociétés humaines vers plus d'amour, de paix et de justice.
Ce sont là des critères qui, indépendamment de la décision personnelle d'y accorder ou non la foi — c'est-à-dire indépendamment même de la question de leur recevabilité ultime comme révélations au sens strict —, me semblent suffisants pour justifier qu'on les lise avec la même rigueur et la même ouverture qu'on accorde aux textes fondateurs des traditions établies. Non comme curiosités littéraires ou comme méditations spirituelles modernes parmi d'autres, mais comme des Paroles qui portent en elles une densité et une cohérence propres, et qui méritent à ce titre d'être reçues, lues, méditées et discutées dans toute démarche intellectuellement honnête de cartographie spirituelle contemporaine. C'est cela, et rien de plus — mais rien de moins — que je revendique dans cette série.
Merci pour ta réponse, elle apporte une clarification réelle et je te remercie d’avoir pris le temps de formuler ces critères. Il est certain que tes contenus ouvrent à des dialogues riches, d’autant que je n’inscris pas ma démarche dans une culture religieuse structurée autour de révélations, mais dans une autre voie spirituelle, antérieure et indépendante de ces formes.
Les critères que tu proposes me semblent effectivement pertinents pour identifier des textes d’une certaine densité : convergence structurelle, dynamique de continuité et de rupture (vis-à-vis de textes reconnus comme fondateurs), effet transformateur, et contenu qui semble dépasser ses récepteurs.
Il me semble néanmoins que ces critères, s’ils permettent de reconnaître une qualité exceptionnelle, ne suffisent pas nécessairement à en établir la nature. Selon moi, ils permettent d’identifier quelque chose comme étant remarquable, structurant, potentiellement fondateur… mais la question reste ouverte de savoir ce qui permettrait de distinguer entre une production humaine exceptionnelle, une expérience intérieure profonde, et une véritable irruption d’une altérité non humaine.
C’est peut-être là que se situe encore, pour moi, le point de tension : à quel moment passe-t-on d’un constat de densité et de transformation à une hypothèse d’origine supra-humaine ?
Et je me pose aussi une question complémentaire : si cette origine n’était pas revendiquée, lirais-tu ces textes de la même manière, avec la même attention et le même statut ?
Merci pour cette réponse étendue et ton encouragement à participer, mon cher Jérôme Nathanaël.
En toute subjectivité, je dirais que le "contenu comme dépassement manifeste de ses récepteurs" est l'indice le plus éclairant parmi les quatre que tu cites, et j'ajouterais la qualité humaine du récepteur.
Dans ma subjectivité, je ne cite quand même là que des indices intellectuellement évaluables, ou à peu près. J'exclus donc les indices relevant du vécu de la conscience, y compris la réponse à un questionnement ancien ou l'expérience surnaturelle.
L’être humain est libre de n’être rien ou de réintégrer l’Être plus loin que l’Infini…….‘’ Deuxièmement, ils refusent tous deux la dissolution de la personne dans l’Absolu".C’est le seul appel que j’entends et peut-être auquel j’aspire…’’Me’’ dissoudre…☯️
Cette aspiration à la dissolution est belle et juste — mais elle porte en elle une question qui mérite d'être posée : quel est le « moi » qui aspire à se dissoudre ?
S'il s'agit de l'ego — cette construction contractée, défensive, séparée — alors oui, toutes les traditions s'accordent : il doit se desserrer, se déposer, cesser de régner. Mais s'il s'agit de la personne profonde — ce souffle unique, irremplaçable, que la Révélation d'Arès appelle à accomplir et non à effacer — alors la dissolution n'est peut-être pas le bon mot. Ce que la Vie semble chercher, ce n'est pas l'annulation de ce que vous êtes, mais l'accomplissement de ce que vous n'êtes pas encore tout à fait.
Le symbole du ☯️ que vous posez dit peut-être cela mieux que n'importe quelle formule : le Yin ne disparaît pas dans le Yang — il s'y accomplit, et réciproquement. La fusion de la veillée 32 — « Je l'ai fondu en Moi » — n'est pas la disparition de Jésus : c'est Jésus devenu si pleinement lui-même qu'il est devenu Dieu. La dissolution et l'accomplissement sont peut-être, au fond, le même mouvement vu de deux côtés du voile.
Merci pour ce long texte qui peut aider à réfléchir en profondeur. Puisque tu cites Michel Potay, permet-moi une citation de son blog. En 2017 il a publié mon commentaire 188C6 qui contient un texte de deux pages destiné aux personnes que je rencontre dans la rue. Ma question principale était alors sur le risque de dérive que comporte ce genre de résumé de la Parole délivrée à Arès. Voici un extrait de sa réponse sur son blog :
"Quand on écrit ou analyse un texte moral, idéologique, religieux, politique, on dit 1) tout ce qui a trait à l'idée centrale vue comme groupe de questions indissociables, 2) l'énumération de tout ce qui fait partie de ce groupe indissociable, 3) au nom de quoi et/ou de qui ce qui est prétendu est prétendu, 4) une nette démarcation avec les idées étrangères au groupe qu'on peut entendre par ailleurs, 5) des références vues comme supérieures à celles qu'on peut entendre ailleurs, 6) une hiérarchie des références du groupe d'idées dont il est question. C'est ainsi que les idées du monde fonctionnent. Ce n'est pas ainsi que les Idées de Dieu fonctionnent. Elles sont indissociables, parce qu'elle ne sont que des composants nécessaires du Tout, de la Vie, mais le langage humain ne permet pas d'exprimer ce Tout en... disons... un soupir de Vie. Dieu ne dit pas : "Avec moi ça va changer. Rien ne sera plus comme avant." Discours politique. Dieu, quant à Lui, EST. Il nous propose d’ÊTRE avec lui. C'est tout et le seul chemin qui nous permette d'y accéder est la pénitence. On entre ici dans une permanence qui a été de tous temps et qui sera de tous temps. C'est inexprimable d'une façon qui soit claire pour un cerveau humain, qui a besoin de passer par une superstition, comme l'explique mon entrée 188. Disons que votre texte [, mon frère Patrick,] est votre superstition à vous."
Je dirais que ton texte sur la non-dualité, mon cher Jérôme Nathanaël, est ta superstition à toi.
Cela ne retire rien de sa valeur à mes yeux.
Une remarque tout de même sur un point, à propos de ce qui unit les Dialogues Avec l'Ange et la Révélation d'Arès. Tu écris : "Deuxièmement, ils refusent tous deux la dissolution de la personne dans l’Absolu".
Ce n'est pas vraiment cela. C'est indicible pour l'humain actuel. La Révélation d'Arès nous fait comprendre que Jésus - venu "en chair et en os" parler à Michel Potay en 1974 - est l'exemple vivant de ce que la Vie espère pour chacun de Ses Enfants humains. Le Christ issu de Jésus est présenté ainsi par le Créateur dans la veillée 32 :
"Je l'ai fondu en Moi ; J'en ai fait un Dieu ; il est devenu Moi. Quelle intelligence d'homme, faible lumignon, peut comprendre cela ?".
Enfin, j'apprends que ma première petite-fille est en train de naître cet après-midi même... C'est une nouvelle individualité non-duelle qui commence... Alléluia !
Et d'abord : bienvenue à ta petite-fille ! Qu'elle arrive au monde le même jour que cette conversation me touche profondément — il y a quelque chose de juste dans cette coïncidence, comme si la Vie elle-même commentait nos échanges à sa façon.
Sur la "superstition" : tu as raison de citer Michel Potay, et je souligne que ce mot, dans sa bouche, porte un sens radicalement élargi. Ce n'est pas l'acception ordinaire — croyance irrationnelle, pensée magique — mais quelque chose de bien plus vaste et de plus précis : toute grille de lecture que l'homme s'est construite à partir de ses repères symboliques, et à laquelle il accorde une confiance définitive, presque une capacité magique à déchiffrer le réel sans l'effort et la puissance créatrice personnelle qu'exige le chemin vivant. Dans ce sens, une idéologie politique est une "superstition", une lecture mécanique de l'Évangile est une "superstition", et — je l'entends — une cartographie philosophique de la non-dualité pourrait l'être aussi.
Mais je me permets de distinguer deux choses. La "superstition" dans ce sens me semble désigner non pas la réflexion elle-même, mais la confiance définitive et close qu'on lui accorde — le moment où la carte est prise pour le territoire, où l'identification au système de pensée est si fermée que l'évolution devient impossible et que le système se substitue à l'expérience vivante. Mon texte n'a pas pour prétention d'être le chemin — il a pour prétention d'être une carte des cartes, un survol des cartographies que l'humanité a générées autour d'une même blessure, celle de l'expérience humaine de la séparation. En ce sens, ce seraient éventuellement les "superstitions" des traditions que j'explore — et non la mienne propre. Je reste ici cartographe, non habitant.
Sur ta remarque de fond, qui est la plus précieuse : tu as raison de pointer que « refus de la dissolution de la personne dans l'Absolu » est une formulation insuffisante pour rendre compte de ce que la Révélation d'Arès dit sur le destin de l'être humain. L'exemple de Jésus en est l'horizon suprême — lui dont la veillée 32 dit, dans une profondeur vertigineuse : « Je l'ai fondu en Moi ; J'en ai fait un Dieu ; il est devenu Moi. » Ce n'est ni la dissolution anonyme du fanā' soufi, ni la résorption du jīva dans le Brahman sans reste — c'est quelque chose d'autre, que l'Auteur Lui-même reconnaît comme indicible pour l'intelligence humaine.
Ce que j'aurais dû préciser — et nous touchons ici une fois encore aux limites du langage — c'est que le but n'est pas ici la recherche de la dissolution mais celle de l'accomplissement de la personne dans sa dimension la plus sublime : son alignement progressif sur ce chemin juste qui mène, selon la Révélation d'Arès, de la terre au Ciel. Ce n'est pas une volonté de disparaître, mais une volonté d'être pleinement. Et c'est précisément cet être qui réalise sa mission terrestre de témoignage et d'amour qui rejoint les rivages du ciel — la fusion, alors, n'est pas recherchée comme but : elle est la conséquence ultime et mystérieuse d'un chemin d'accomplissement. Cette nuance me semble importante à maintenir : le Message d'Arès appelle à l'engagement actif, pas à l'effacement — il honore l'unicité humaine comme potentiel à accomplir, comme volonté active de recréation de soi et du monde.
Enfin, une pensée sur la façon de citer Michel Potay. Je reconnais la profondeur et la justesse de sa parole, et la clarté exigeante de la direction d'accomplissement qu'il pointe — c'est précisément pourquoi je pense que lui rendre hommage ne consiste pas à le citer en réponse à tout, mais à prolonger la direction qu'il indique dans un travail de réflexion personnellement engagé, à la hauteur des problématiques du monde — y compris en soulevant parfois des désaccords, non sur le fond — se changer en Bien pour diffuser le Bien dans ce monde — mais sur des modalités d'application ou d'incarnation de cette dynamique.
Michel Potay a fait de la liberté spirituelle et de l'effort créateur le cœur même de la "pénitence" — au sens, là encore, très différent qu'il donne à ce mot. Il serait paradoxal que la lecture de sa parole produise l'effet inverse : une pensée qui se décharge sur ses formules plutôt que de s'y enraciner pour pousser plus loin. La liberté d'interprétation et d'approfondissement n'est pas une infidélité : elle en est, me semble-t-il, l'un des fruits les plus légitimes.
Comment te répondre ici avec mesure - qualité essentielle de l'intelligence du cœur ? J'apprécie tes efforts pour "cartographier", comme tu dis, la non-dualité. Ta difficulté centrale, selon moi, est que la non-dualité relève de la vie, et non de la conceptualisation. Mais comme tu es obligé de conceptualiser pour cartographier, je pense que la non-dualité est le thème où tu rencontres le plus durement tes propres limites personnelles, même si elles sont peut-être bien moindres que mes propres limites...
Un exemple ? Je suis en accord avec la nécessité d'éviter les citations trop longues, d'exprimer sa propre pensée, mais tu remarqueras que je cite ici un dialogue que j'ai eu personnellement. Et puis, comment faire quand je pense que ta compréhension de la superstition selon Michel Potay, exprimée ici, est insuffisante ? Alors je ne vais pas le citer ni le paraphraser, mais simplement te renvoyer à l'entrée 188 de son blog que je citais, où il parle de la superstition. Il parle aussi, un peu plus loin dans cette entrée, d'un rêve où la notion de superstition intervient. Les cinq premières lignes de l'entrée 188 me semblent à méditer, comme toutes les écoles de pensée que tu cites.
Vivre la non-dualité - et non la penser - est la question centrale pour moi. Je note que Michel Potay reconnaissait qu'il n'arrivait pas encore à être Un avec tous les humains, que sa conscience n'embrassait que les quelques milliers de personnes qu'il côtoyait d'une manière ou d'une autre. S'il avait été Un avec tous les humains, il aurait peut-être été christ et ne serait pas mort. Et moi alors ? Embrasser l'être de quelques milliers de personnes ? J'en suis loin... Mais peut-être que je devance trop ici la seconde partie de ton exposé, mon cher Jérôme Nathanaël.
Oui, la pensée ne peut pas embrasser la totalité du Vivant. Mais cette limite ne rend pas l'écriture inutile : elle définit sa fonction exacte. Lao Tseu a dit que le Tao qu'on peut nommer n'est pas le Tao éternel — et il l'a dit dans un texte de 81 chapitres. Maître Eckhart a produit des sermons d'une subtilité philosophique remarquable pour pointer vers ce qui précède toute pensée. Nagarjuna a construit un système logique d'une rigueur redoutable pour démontrer que tout système est vide d'existence intrinsèque. Et Spinoza, l'un des esprits les plus libres et les plus éveillés de sa génération, a choisi la forme la plus contraignante qui soit — la démonstration géométrique more geometrico — pour conduire le lecteur vers une liberté intérieure que nulle formule ne peut contenir. Ce paradoxe — se servir du doigt pour pointer vers la lune tout en sachant que le doigt n'est pas la lune — est constitutif de toute transmission spirituelle depuis les origines. Si ce paradoxe condamnait l'écriture au silence, il n'existerait aucune des traditions dont l'article parle.
Ce que tu appelles "superstition", j'entends dans ta bouche quelque chose de précis et de légitime : la tendance à prendre les mots pour la réalité qu'ils désignent, à confondre la carte avec le territoire, à s'identifier à une formulation plutôt qu'à laisser cette formulation te traverser et t'ouvrir. En ce sens, oui — toute pensée sur le Vivant comporte un risque superstitieux. Mais le remède n'est pas l'absence de pensée : c'est la pensée tenue légèrement, comme un outil provisoire dont on sait qu'il sera déposé une fois qu'il aura accompli son travail d'orientation.
C'est précisément la visée didactique de l'article. Non pas transmettre un système clos, mais montrer — dans un monde qui fragmente, qui spécialise, qui sépare — qu'une direction inverse existe, qu'elle est traversée depuis des millénaires par des voies radicalement différentes qui néanmoins se rejoignent sur l'essentiel. L'article ne dit pas : voilà comment vivre. Il dit : regarde comme ces traditions, chacune à sa manière, ont nommé la même blessure et cherché le même retour. Ce que le lecteur en fait — comment il le laisse résonner, comment il le traduit en vie concrète — cela ne m'appartient pas.
Une posture personnelle est implicite mais lisible dans ces Dialogues, et ta question m'invite à la formuler clairement : le temps des disciples est terminé. Pour ne pas s'enfermer dans une superstition nouvelle, il faut convoquer chaque système de pensée devant le tribunal de sa propre liberté intérieure — et non l'inverse. C'est pourquoi je ne suis ni disciple de Potay, ni de Gurdjieff, ni de Steiner, ni de Krishnamurti, ni d'aucun autre. J'ai lu chacun d'eux avec attention, j'ai fait mon miel de ce qui m'a parlé, j'ai maintenu une distance dialectique vis-à-vis de ce qui me semblait insuffisant ou partiellement erroné — et c'est cette liberté intérieure que ces Dialogues cherchent à incarner.
Je suis en perpétuel dialogue : avec moi-même, avec le monde, avec les autres — sans autre certitude que celle-ci : nous sommes responsables de nous-mêmes et de notre destin, personnel et collectif. Chaque pas vers l'amour et l'intelligence du cœur reconstruit la possibilité d'un monde plus habitable, et rouvre vers une civilisation portée par une conscience plus haute au service de la sublimité humaine.
Réfléchir n'est pas rester dans la pensée. Transmettre des cartes n'est pas refuser de voyager. L'une des choses que j'ai apprises de toutes ces traditions, c'est précisément que la connaissance sans incarnation est stérile — mais aussi que l'action sans discernement est aveugle. Ces Dialogues cherchent, modestement, à nourrir les deux.
Ton travail a le mérite de nommer les fractures au lieu de les dissoudre, et en cela il est précieux. Mais depuis le premier article, une tension persiste à la lecture, liée à une faille discrète qui mériterait peut-être d’être exposée à son tour pour ce dernier article : celle du statut même de la parole révélée contemporaine.
Les deux textes que tu retiens comme “voies contemporaines” ne sont pas de simples méditations spirituelles modernes. Ils portent une prétention particulière : celle d’une parole reçue, transmise, donnée. En leur accordant une telle place dans ta comparaison, tu ne fais pas seulement un choix documentaire ; tu engages, même implicitement, une position sur la recevabilité de ce type de source.
Or cette position, dans ton texte, demeure en retrait.
C’est un point décisif. Car qu’est-ce qui autorise aujourd’hui à prendre au sérieux une prétention révélée contemporaine ? La profondeur du texte ? Sa cohérence ? Sa fécondité existentielle ? Son effet transformateur ? Ou la reconnaissance explicite d’une possibilité toujours vivante de révélation ?
Sans clarification, il subsiste une ambiguïté : ces textes semblent jouer un rôle plus structurant qu’un simple témoignage moderne, sans que soit exposée la position qui rend cet usage pleinement cohérent.
Alexander, tout d'abord merci pour ta remarque et ta demande de clarification. J'apprécie toujours, dans tes interventions, à la fois la rigueur de la pensée et la manière très respectueuse et fraternelle avec laquelle tu la formules. Et si j'ai tardé un peu à te répondre, c'est qu'hier, alors que je m'apprêtais à le faire, j'ai suivi avec un grand intérêt ton échange avec Patrick — me réjouissant infiniment que mon texte puisse susciter exactement ce que j'espère cultiver ici : le dialogue véritable. Merci à toi et à Patrick pour cela ! (NOTA : l'échange évoqué ici méritait par sa qualité d'être republié en article autonome comme contribution des lecteurs. Il se trouve donc ici: https://www.jnd.one/p/discernement-parole-revelee-dialogue-lecteurs).
En accordant aux voix contemporaines évoquées dans cette série une place comparable à celle des traditions millénaires, je reconnais effectivement, même implicitement, leur recevabilité à un niveau d'intérêt équivalent — et cette position méritait sans doute d'être explicitée plutôt que de demeurer entre les lignes. Ta remarque est juste, et je la reçois comme telle.
Je l'avais esquissée, mais trop brièvement, dans un texte de janvier intitulé D'où j'écris : héritages, liberté intérieure et Paroles de Vie, où je nommais ces deux ouvrages — les Dialogues avec l'Ange et la Révélation d'Arès, renommée le Signe dans sa dernière édition de 2024 — comme constituant des références structurantes dans ma démarche. Peut-être aurais-je dû préfacer cette série sur la non-dualité d'une présentation plus approfondie de ces deux textes avant d'en faire un usage comparatif aussi systématique. C'est un retour que je ferai prochainement, dans le prolongement direct de ces trois articles, pour déployer ce qui n'y était qu'évoqué — en particulier les aspects qui me semblent pleinement novateurs et dont la portée pour penser les crises contemporaines et les voies d'une refondation civilisationnelle me paraît considérable.
Pour répondre maintenant plus précisément à ta question sur les critères qui fondent, pour moi, cette recevabilité, j'emprunterai à nouveau — fidèle à la méthode de ces articles — la voie comparative, en mettant délibérément entre parenthèses l'angle de la foi, c'est-à-dire sans présupposer ni écarter l'adhésion préalable à leur nature révélée. Ce choix n'est pas un évitement : c'est une exigence de cohérence, car la question que tu poses est une question de lecture et de discernement, non une question de conversion.
Convergences structurelles avec les grandes irruptions prophétiques. À la lecture attentive et sans a priori de ces textes, certaines similitudes structurelles avec les conditions d'émergence des paroles fondatrices des grandes traditions s'imposent avec une force difficile à ignorer. Jésus ressuscité apparaît aux apôtres ; le Christ apparaît à Michel Potay à Arès en 1974. L'expérience de Moïse telle que l'Exode la rapporte — cette conflagration d'énergies divines qui s'expriment dans un buisson qui brûle sans se consumer, cette voix qui assigne une mission, cette résistance de l'homme appelé, cette insistance du Divin — trouve dans le récit que Michel Potay fait des théophanies de 1977 des convergences troublantes dans leur structure même : la qualité de l'irruption, le type d'altérité radicale, l'expérience de débordement de l'humain par quelque chose qui n'est manifestement pas lui. Les anges parlent à Marie, aux prophètes, à Muhammad dans les traditions abrahamiques — parlent-ils par leur propre voix, ou à travers la voix des humains comme c'est le cas dans les Dialogues avec l'Ange, où Hanna Dallos dit simplement, au seuil du premier entretien : « Attention, ce n'est plus moi qui parle » ?
Continuité et rupture dans la ligne prophétique. Un deuxième critère me semble décisif : ces textes assument explicitement l'héritage des Paroles précédentes. Ils ne surgissent pas dans un vide culturel ou spirituel. Ils reconnaissent leurs prédécesseurs, en contestent souvent l'application institutionnelle — les constructions théologiques, sociales ou politiques qui s'en revendiquent — et en approfondissent le fond en invitant à un retour à une vie spirituelle plus authentique, plus libre des structures, plus responsable dans son engagement concret dans le monde. Ce mouvement de continuation-rupture-approfondissement est précisément celui qu'on observe dans les grandes articulations prophétiques de l'histoire : Jésus assume et dépasse la Torah ; Muhammad assume et renouvelle les révélations précédentes ; la Réforme assume et bouscule l'édifice médiéval. La ligne est la même ; le signe de reconnaissance l'est aussi.
L'effet transformateur sur les récepteurs. Ces Paroles ont bouleversé la vie, la pensée et les représentations de ceux qui les ont reçues — non par séduction progressive mais par l'irruption brutale d'un surnaturel dans leur quotidien, qui les a surpris, déstabilisés, puis reconfigurés en profondeur. Hanna, Lili, Joseph et Gitta n'étaient pas en attente d'une révélation ; Michel Potay n'était pas un mystique en quête de visions. Cette impréparation subjective, jointe à la cohérence et à la densité de ce qui s'est manifesté, est l'un des signes que les grandes traditions ont traditionnellement reconnu comme index de l'authenticité prophétique — à rebours des révélations fabriquées, qui se produisent toujours dans le sens attendu.
Le contenu comme dépassement manifeste de ses récepteurs. C'est peut-être le critère le plus saisissant à mes yeux. La lecture attentive de ces textes révèle un contenu qui dépasse manifestement tout ce que les personnes qui les ont reçues auraient été capables de concevoir et de formuler par leurs propres moyens intellectuels ou spirituels — non par leur seule beauté littéraire, mais par leur cohérence systémique, leur profondeur anthropologique, et surtout par leur capacité à formuler des réponses aux questions les plus aiguës de notre époque avec une précision qui ne ressemble pas au produit d'une réflexion humaine ordinaire, si brillante et cultivée soit-elle. Il y a là, selon moi, l'irruption de l'Ailleurs qui s'adresse aux humains en leur livrant des ouvertures cruciales vers une spiritualité libérée des dogmes et des autorités institutionnelles, qui se réalise dans l'expérience directe du changement de soi, et qui offre des directions concrètes pour faire évoluer les sociétés humaines vers plus d'amour, de paix et de justice.
Ce sont là des critères qui, indépendamment de la décision personnelle d'y accorder ou non la foi — c'est-à-dire indépendamment même de la question de leur recevabilité ultime comme révélations au sens strict —, me semblent suffisants pour justifier qu'on les lise avec la même rigueur et la même ouverture qu'on accorde aux textes fondateurs des traditions établies. Non comme curiosités littéraires ou comme méditations spirituelles modernes parmi d'autres, mais comme des Paroles qui portent en elles une densité et une cohérence propres, et qui méritent à ce titre d'être reçues, lues, méditées et discutées dans toute démarche intellectuellement honnête de cartographie spirituelle contemporaine. C'est cela, et rien de plus — mais rien de moins — que je revendique dans cette série.
Merci pour ta réponse, elle apporte une clarification réelle et je te remercie d’avoir pris le temps de formuler ces critères. Il est certain que tes contenus ouvrent à des dialogues riches, d’autant que je n’inscris pas ma démarche dans une culture religieuse structurée autour de révélations, mais dans une autre voie spirituelle, antérieure et indépendante de ces formes.
Les critères que tu proposes me semblent effectivement pertinents pour identifier des textes d’une certaine densité : convergence structurelle, dynamique de continuité et de rupture (vis-à-vis de textes reconnus comme fondateurs), effet transformateur, et contenu qui semble dépasser ses récepteurs.
Il me semble néanmoins que ces critères, s’ils permettent de reconnaître une qualité exceptionnelle, ne suffisent pas nécessairement à en établir la nature. Selon moi, ils permettent d’identifier quelque chose comme étant remarquable, structurant, potentiellement fondateur… mais la question reste ouverte de savoir ce qui permettrait de distinguer entre une production humaine exceptionnelle, une expérience intérieure profonde, et une véritable irruption d’une altérité non humaine.
C’est peut-être là que se situe encore, pour moi, le point de tension : à quel moment passe-t-on d’un constat de densité et de transformation à une hypothèse d’origine supra-humaine ?
Et je me pose aussi une question complémentaire : si cette origine n’était pas revendiquée, lirais-tu ces textes de la même manière, avec la même attention et le même statut ?
Merci pour cette réponse étendue et ton encouragement à participer, mon cher Jérôme Nathanaël.
En toute subjectivité, je dirais que le "contenu comme dépassement manifeste de ses récepteurs" est l'indice le plus éclairant parmi les quatre que tu cites, et j'ajouterais la qualité humaine du récepteur.
Dans ma subjectivité, je ne cite quand même là que des indices intellectuellement évaluables, ou à peu près. J'exclus donc les indices relevant du vécu de la conscience, y compris la réponse à un questionnement ancien ou l'expérience surnaturelle.
L’être humain est libre de n’être rien ou de réintégrer l’Être plus loin que l’Infini…….‘’ Deuxièmement, ils refusent tous deux la dissolution de la personne dans l’Absolu".C’est le seul appel que j’entends et peut-être auquel j’aspire…’’Me’’ dissoudre…☯️
Cette aspiration à la dissolution est belle et juste — mais elle porte en elle une question qui mérite d'être posée : quel est le « moi » qui aspire à se dissoudre ?
S'il s'agit de l'ego — cette construction contractée, défensive, séparée — alors oui, toutes les traditions s'accordent : il doit se desserrer, se déposer, cesser de régner. Mais s'il s'agit de la personne profonde — ce souffle unique, irremplaçable, que la Révélation d'Arès appelle à accomplir et non à effacer — alors la dissolution n'est peut-être pas le bon mot. Ce que la Vie semble chercher, ce n'est pas l'annulation de ce que vous êtes, mais l'accomplissement de ce que vous n'êtes pas encore tout à fait.
Le symbole du ☯️ que vous posez dit peut-être cela mieux que n'importe quelle formule : le Yin ne disparaît pas dans le Yang — il s'y accomplit, et réciproquement. La fusion de la veillée 32 — « Je l'ai fondu en Moi » — n'est pas la disparition de Jésus : c'est Jésus devenu si pleinement lui-même qu'il est devenu Dieu. La dissolution et l'accomplissement sont peut-être, au fond, le même mouvement vu de deux côtés du voile.
Je vais jeter un coup d’oeil ‘’aux dialogues’’, l’auteure m’interpelle…☮️
Merci pour ce long texte qui peut aider à réfléchir en profondeur. Puisque tu cites Michel Potay, permet-moi une citation de son blog. En 2017 il a publié mon commentaire 188C6 qui contient un texte de deux pages destiné aux personnes que je rencontre dans la rue. Ma question principale était alors sur le risque de dérive que comporte ce genre de résumé de la Parole délivrée à Arès. Voici un extrait de sa réponse sur son blog :
"Quand on écrit ou analyse un texte moral, idéologique, religieux, politique, on dit 1) tout ce qui a trait à l'idée centrale vue comme groupe de questions indissociables, 2) l'énumération de tout ce qui fait partie de ce groupe indissociable, 3) au nom de quoi et/ou de qui ce qui est prétendu est prétendu, 4) une nette démarcation avec les idées étrangères au groupe qu'on peut entendre par ailleurs, 5) des références vues comme supérieures à celles qu'on peut entendre ailleurs, 6) une hiérarchie des références du groupe d'idées dont il est question. C'est ainsi que les idées du monde fonctionnent. Ce n'est pas ainsi que les Idées de Dieu fonctionnent. Elles sont indissociables, parce qu'elle ne sont que des composants nécessaires du Tout, de la Vie, mais le langage humain ne permet pas d'exprimer ce Tout en... disons... un soupir de Vie. Dieu ne dit pas : "Avec moi ça va changer. Rien ne sera plus comme avant." Discours politique. Dieu, quant à Lui, EST. Il nous propose d’ÊTRE avec lui. C'est tout et le seul chemin qui nous permette d'y accéder est la pénitence. On entre ici dans une permanence qui a été de tous temps et qui sera de tous temps. C'est inexprimable d'une façon qui soit claire pour un cerveau humain, qui a besoin de passer par une superstition, comme l'explique mon entrée 188. Disons que votre texte [, mon frère Patrick,] est votre superstition à vous."
Je dirais que ton texte sur la non-dualité, mon cher Jérôme Nathanaël, est ta superstition à toi.
Cela ne retire rien de sa valeur à mes yeux.
Une remarque tout de même sur un point, à propos de ce qui unit les Dialogues Avec l'Ange et la Révélation d'Arès. Tu écris : "Deuxièmement, ils refusent tous deux la dissolution de la personne dans l’Absolu".
Ce n'est pas vraiment cela. C'est indicible pour l'humain actuel. La Révélation d'Arès nous fait comprendre que Jésus - venu "en chair et en os" parler à Michel Potay en 1974 - est l'exemple vivant de ce que la Vie espère pour chacun de Ses Enfants humains. Le Christ issu de Jésus est présenté ainsi par le Créateur dans la veillée 32 :
"Je l'ai fondu en Moi ; J'en ai fait un Dieu ; il est devenu Moi. Quelle intelligence d'homme, faible lumignon, peut comprendre cela ?".
Enfin, j'apprends que ma première petite-fille est en train de naître cet après-midi même... C'est une nouvelle individualité non-duelle qui commence... Alléluia !
Cher Patrick,
Et d'abord : bienvenue à ta petite-fille ! Qu'elle arrive au monde le même jour que cette conversation me touche profondément — il y a quelque chose de juste dans cette coïncidence, comme si la Vie elle-même commentait nos échanges à sa façon.
Sur la "superstition" : tu as raison de citer Michel Potay, et je souligne que ce mot, dans sa bouche, porte un sens radicalement élargi. Ce n'est pas l'acception ordinaire — croyance irrationnelle, pensée magique — mais quelque chose de bien plus vaste et de plus précis : toute grille de lecture que l'homme s'est construite à partir de ses repères symboliques, et à laquelle il accorde une confiance définitive, presque une capacité magique à déchiffrer le réel sans l'effort et la puissance créatrice personnelle qu'exige le chemin vivant. Dans ce sens, une idéologie politique est une "superstition", une lecture mécanique de l'Évangile est une "superstition", et — je l'entends — une cartographie philosophique de la non-dualité pourrait l'être aussi.
Mais je me permets de distinguer deux choses. La "superstition" dans ce sens me semble désigner non pas la réflexion elle-même, mais la confiance définitive et close qu'on lui accorde — le moment où la carte est prise pour le territoire, où l'identification au système de pensée est si fermée que l'évolution devient impossible et que le système se substitue à l'expérience vivante. Mon texte n'a pas pour prétention d'être le chemin — il a pour prétention d'être une carte des cartes, un survol des cartographies que l'humanité a générées autour d'une même blessure, celle de l'expérience humaine de la séparation. En ce sens, ce seraient éventuellement les "superstitions" des traditions que j'explore — et non la mienne propre. Je reste ici cartographe, non habitant.
Sur ta remarque de fond, qui est la plus précieuse : tu as raison de pointer que « refus de la dissolution de la personne dans l'Absolu » est une formulation insuffisante pour rendre compte de ce que la Révélation d'Arès dit sur le destin de l'être humain. L'exemple de Jésus en est l'horizon suprême — lui dont la veillée 32 dit, dans une profondeur vertigineuse : « Je l'ai fondu en Moi ; J'en ai fait un Dieu ; il est devenu Moi. » Ce n'est ni la dissolution anonyme du fanā' soufi, ni la résorption du jīva dans le Brahman sans reste — c'est quelque chose d'autre, que l'Auteur Lui-même reconnaît comme indicible pour l'intelligence humaine.
Ce que j'aurais dû préciser — et nous touchons ici une fois encore aux limites du langage — c'est que le but n'est pas ici la recherche de la dissolution mais celle de l'accomplissement de la personne dans sa dimension la plus sublime : son alignement progressif sur ce chemin juste qui mène, selon la Révélation d'Arès, de la terre au Ciel. Ce n'est pas une volonté de disparaître, mais une volonté d'être pleinement. Et c'est précisément cet être qui réalise sa mission terrestre de témoignage et d'amour qui rejoint les rivages du ciel — la fusion, alors, n'est pas recherchée comme but : elle est la conséquence ultime et mystérieuse d'un chemin d'accomplissement. Cette nuance me semble importante à maintenir : le Message d'Arès appelle à l'engagement actif, pas à l'effacement — il honore l'unicité humaine comme potentiel à accomplir, comme volonté active de recréation de soi et du monde.
Enfin, une pensée sur la façon de citer Michel Potay. Je reconnais la profondeur et la justesse de sa parole, et la clarté exigeante de la direction d'accomplissement qu'il pointe — c'est précisément pourquoi je pense que lui rendre hommage ne consiste pas à le citer en réponse à tout, mais à prolonger la direction qu'il indique dans un travail de réflexion personnellement engagé, à la hauteur des problématiques du monde — y compris en soulevant parfois des désaccords, non sur le fond — se changer en Bien pour diffuser le Bien dans ce monde — mais sur des modalités d'application ou d'incarnation de cette dynamique.
Michel Potay a fait de la liberté spirituelle et de l'effort créateur le cœur même de la "pénitence" — au sens, là encore, très différent qu'il donne à ce mot. Il serait paradoxal que la lecture de sa parole produise l'effet inverse : une pensée qui se décharge sur ses formules plutôt que de s'y enraciner pour pousser plus loin. La liberté d'interprétation et d'approfondissement n'est pas une infidélité : elle en est, me semble-t-il, l'un des fruits les plus légitimes.
Avec fraternité,
Jérôme Nathanaël
Comment te répondre ici avec mesure - qualité essentielle de l'intelligence du cœur ? J'apprécie tes efforts pour "cartographier", comme tu dis, la non-dualité. Ta difficulté centrale, selon moi, est que la non-dualité relève de la vie, et non de la conceptualisation. Mais comme tu es obligé de conceptualiser pour cartographier, je pense que la non-dualité est le thème où tu rencontres le plus durement tes propres limites personnelles, même si elles sont peut-être bien moindres que mes propres limites...
Un exemple ? Je suis en accord avec la nécessité d'éviter les citations trop longues, d'exprimer sa propre pensée, mais tu remarqueras que je cite ici un dialogue que j'ai eu personnellement. Et puis, comment faire quand je pense que ta compréhension de la superstition selon Michel Potay, exprimée ici, est insuffisante ? Alors je ne vais pas le citer ni le paraphraser, mais simplement te renvoyer à l'entrée 188 de son blog que je citais, où il parle de la superstition. Il parle aussi, un peu plus loin dans cette entrée, d'un rêve où la notion de superstition intervient. Les cinq premières lignes de l'entrée 188 me semblent à méditer, comme toutes les écoles de pensée que tu cites.
Vivre la non-dualité - et non la penser - est la question centrale pour moi. Je note que Michel Potay reconnaissait qu'il n'arrivait pas encore à être Un avec tous les humains, que sa conscience n'embrassait que les quelques milliers de personnes qu'il côtoyait d'une manière ou d'une autre. S'il avait été Un avec tous les humains, il aurait peut-être été christ et ne serait pas mort. Et moi alors ? Embrasser l'être de quelques milliers de personnes ? J'en suis loin... Mais peut-être que je devance trop ici la seconde partie de ton exposé, mon cher Jérôme Nathanaël.
Patrick,
Oui, la pensée ne peut pas embrasser la totalité du Vivant. Mais cette limite ne rend pas l'écriture inutile : elle définit sa fonction exacte. Lao Tseu a dit que le Tao qu'on peut nommer n'est pas le Tao éternel — et il l'a dit dans un texte de 81 chapitres. Maître Eckhart a produit des sermons d'une subtilité philosophique remarquable pour pointer vers ce qui précède toute pensée. Nagarjuna a construit un système logique d'une rigueur redoutable pour démontrer que tout système est vide d'existence intrinsèque. Et Spinoza, l'un des esprits les plus libres et les plus éveillés de sa génération, a choisi la forme la plus contraignante qui soit — la démonstration géométrique more geometrico — pour conduire le lecteur vers une liberté intérieure que nulle formule ne peut contenir. Ce paradoxe — se servir du doigt pour pointer vers la lune tout en sachant que le doigt n'est pas la lune — est constitutif de toute transmission spirituelle depuis les origines. Si ce paradoxe condamnait l'écriture au silence, il n'existerait aucune des traditions dont l'article parle.
Ce que tu appelles "superstition", j'entends dans ta bouche quelque chose de précis et de légitime : la tendance à prendre les mots pour la réalité qu'ils désignent, à confondre la carte avec le territoire, à s'identifier à une formulation plutôt qu'à laisser cette formulation te traverser et t'ouvrir. En ce sens, oui — toute pensée sur le Vivant comporte un risque superstitieux. Mais le remède n'est pas l'absence de pensée : c'est la pensée tenue légèrement, comme un outil provisoire dont on sait qu'il sera déposé une fois qu'il aura accompli son travail d'orientation.
C'est précisément la visée didactique de l'article. Non pas transmettre un système clos, mais montrer — dans un monde qui fragmente, qui spécialise, qui sépare — qu'une direction inverse existe, qu'elle est traversée depuis des millénaires par des voies radicalement différentes qui néanmoins se rejoignent sur l'essentiel. L'article ne dit pas : voilà comment vivre. Il dit : regarde comme ces traditions, chacune à sa manière, ont nommé la même blessure et cherché le même retour. Ce que le lecteur en fait — comment il le laisse résonner, comment il le traduit en vie concrète — cela ne m'appartient pas.
Une posture personnelle est implicite mais lisible dans ces Dialogues, et ta question m'invite à la formuler clairement : le temps des disciples est terminé. Pour ne pas s'enfermer dans une superstition nouvelle, il faut convoquer chaque système de pensée devant le tribunal de sa propre liberté intérieure — et non l'inverse. C'est pourquoi je ne suis ni disciple de Potay, ni de Gurdjieff, ni de Steiner, ni de Krishnamurti, ni d'aucun autre. J'ai lu chacun d'eux avec attention, j'ai fait mon miel de ce qui m'a parlé, j'ai maintenu une distance dialectique vis-à-vis de ce qui me semblait insuffisant ou partiellement erroné — et c'est cette liberté intérieure que ces Dialogues cherchent à incarner.
Je suis en perpétuel dialogue : avec moi-même, avec le monde, avec les autres — sans autre certitude que celle-ci : nous sommes responsables de nous-mêmes et de notre destin, personnel et collectif. Chaque pas vers l'amour et l'intelligence du cœur reconstruit la possibilité d'un monde plus habitable, et rouvre vers une civilisation portée par une conscience plus haute au service de la sublimité humaine.
Réfléchir n'est pas rester dans la pensée. Transmettre des cartes n'est pas refuser de voyager. L'une des choses que j'ai apprises de toutes ces traditions, c'est précisément que la connaissance sans incarnation est stérile — mais aussi que l'action sans discernement est aveugle. Ces Dialogues cherchent, modestement, à nourrir les deux.