Dialogues avec mes lecteurs #1 — Quand la parole commence à circuler
Invitation à construire ensemble un espace de fraternité et d'intelligence partagée
Chères lectrices et chers lecteurs,
Il y a quelques semaines, je vous invitais à participer à une conversation en trois volets, inaugurant ainsi le projet dialogique que j’avais annoncé dans mes vœux pour 2026. Cette démarche représentait bien plus qu’une simple sollicitation : elle marquait le commencement d’une expérience collective, celle d’une parole qui circule, se rencontre et s’enrichit mutuellement. Vous retrouverez cette invitation dans l’article ci-dessous :
Cette publication, les Dialogues du Nouveau Monde, n’est pas le fruit d’un exercice narcissique. Certes, j’y exprime mes enthousiasmes, mes questionnements, ma quête spirituelle et mon engagement personnel envers l’amélioration du monde. Mais l’essence même de cette démarche réside ailleurs : dans la rencontre avec celles et ceux qui, peut-être à l’autre bout de la planète, vibrent aux mêmes interrogations, portent ce même sentiment de responsabilité face à un monde qui doit impérativement se transformer. Ainsi, à chaque article, j’aspire à croiser une autre pensée, une autre sensibilité, une autre énergie, portées par des personnes vivantes et engagées.
Je dois donc vous avouer que j’espérais une participation plus abondante. Mais, n’ayant pas suivi la voie du journalisme professionnel — bien que j’aie animé durant quelques années les pages culturelles d’un quotidien provincial — je demeure novice dans l’art de susciter l’engagement du lecteur. Qu’est-ce qui capte véritablement l’attention ? Qu’est-ce qui transforme un lecteur silencieux en interlocuteur actif ? Ces questions, je continue de me les poser avec humilité.
Pour l’avoir moi-même éprouvé maintes fois, je sais combien l’exercice de l’écriture peut se révéler ardu. Traduire en mots ce qui s’agite dans les strates profondes de notre être représente un défi considérable. Prendre publiquement la parole, même sous couvert d’anonymat, constitue une démarche qui exige courage et vulnérabilité. Par ailleurs, pourquoi s’engager dans une aventure dont les contours et les perspectives demeurent encore incertains, dont l’utilité n’apparaît pas immédiatement évidente ?
Je comprends donc pleinement les raisons de cette réserve initiale. Néanmoins, je persiste à croire en la faisabilité et en la nécessité d’un tel projet : créer un espace où se croisent et se fécondent mutuellement les paroles, les réflexions et les intuitions de celles et ceux qui se mobilisent pour l’avenir. Car ces femmes et ces hommes existent, qui réfléchissent intensément, qui agissent concrètement, qui acceptent de se remettre en question, qui choisissent d’exiger davantage d’eux-mêmes. Tous portent la même aspiration : permettre l’émergence d’une civilisation plus authentiquement humaine, moins traversée par la violence, plus animée par l’exigence de justice. Une civilisation qui pourrait enfin naître et s’épanouir sur cette terre que nous partageons.
Je continuerai donc à vous proposer régulièrement des sujets d’échange, des questions ouvertes, des thèmes de réflexion commune. Mais aujourd’hui, je vous lance également une invitation plus directe : si vous hésitez encore à participer, aidez-moi à mieux comprendre vos réticences, vos questionnements, vos attentes. Comment pourrions-nous ensemble affiner ce projet dialogique qui constitue l’un des axes fondamentaux de ces Dialogues du Nouveau Monde ? Votre parole, même brève, même incertaine, possède une valeur inestimable pour façonner cet espace d’échange que j’appelle de mes vœux.
Il me semble urgent d’inciter à des dialogues féconds, à des échanges ouverts et constructifs, alors qu’autour de nous les différends se radicalisent, que le mensonge et la tromperie s’exhibent sans vergogne, que nos mots se trouvent emprisonnés dans les machines algorithmiques et désertent progressivement nos cœurs comme nos esprits.
Les vertus d’un vrai dialogue
Dialoguer pour se comprendre et s’enrichir mutuellement, dialoguer pour bâtir ensemble, dialoguer à hauteur d’humanité, libéré des préjugés et de la colère stérile — n’est-ce pas là, aujourd’hui, la première forme authentique de résistance ? N’est-ce pas nous donner une chance tangible de restaurer du sens, de tracer les chemins d’une intelligence véritablement collective et partageable ? N’est-ce pas affirmer notre commune humanité, tout en retrouvant l’humilité nécessaire pour reconnaître que nous ne savons finalement que bien peu de choses — pas même encore comment vivre ensemble dans la concorde ?
Cette pratique du dialogue ne constitue-t-elle pas la condition première pour « refaire peuple », au sens le plus noble et le plus exigeant de cette expression ? Pour échapper à l’étroitesse paralysante de nos refuges mentaux, de nos certitudes défensives ? Pour commencer enfin d’avancer ensemble, côte à côte, vers ce Nouveau Monde que nous appelons de nos vœux ?
Dialoguer, n'est-ce pas déjà poser les fondations d'une fraternité possible ? J'évoque ici un dialogue où chaque parole enrichit et honore véritablement l'autre, aux antipodes de ces confrontations stériles qui rappellent irrésistiblement les combats de boucs entrechoquant leurs cornes pour conquérir les faveurs d'une femelle. Dans nos arènes contemporaines, les protagonistes se heurtent pour séduire un électorat, pour s'attirer les grâces d'une communauté d'adhérents, pour impressionner et soumettre l'adversaire, ou pour recueillir l'assentiment empressé d'admirateurs en quête d'idoles.
Le dialogue dont je souhaite vous entretenir, la noblesse de parole à laquelle je désire vous convier est à l’opposé de cela : c’est une parole qui circule librement, qui s’élargit au contact de l’autre, qui construit patiemment les assises d’un monde habitable pour tous. Ce n’est qu’un début, certes, mais n’est-ce pas justement dans les commencements que se déploie toute la puissance des transformations possibles ?
Seule compte l’authenticité de la parole partagée
Mes chers lecteurs, voici donc ce que je vous propose concrètement : une fois par mois, ou tous les deux mois, je consacrerai un article à vos prises de parole, à vos contributions personnelles. Ces textes pourront prendre deux formes distinctes :
soit vos réponses aux questions que je soumettrai dans mes articles,
soit des réflexions que vous m’adresserez à votre propre initiative, sur un sujet qui vous tient à cœur.
Le seul critère déterminant sera bien sûr que vos écrits s’inscrivent dans l’univers de ces Dialogues : la spiritualité, les transformations civilisationnelles, l’éthique, les enjeux de notre temps, ou toute interrogation existentielle qui résonne avec notre démarche commune.
Pour participer, vous pouvez simplement m'écrire à l'adresse suivante : dialoguesfr@substack.com.
Vos contributions, qu'elles soient brèves ou développées, signées de votre nom ou sous pseudonyme, seront accueillies avec le même respect et la même attention. Ce qui importe, ce n'est pas que cela soit « bien écrit » selon quelque norme académique ou littéraire, mais bien la sincérité de la parole, l'authenticité de la recherche, la volonté sincère de contribuer à cette œuvre collective de compréhension et d'élévation mutuelle.
Une première participation
Pour inaugurer cette pratique dialogique dès ce mois de février, voici les paroles précieuses de deux lecteurs qui ont accepté de franchir le pas et de répondre à la question que je posais dans mon article « Une Parole qui circule ». Leurs voix constituent les premières pierres vivantes de cet édifice commun que nous bâtissons ensemble. Je les en remercie chaleureusement.
Ma question en trois volets nous invitait à explorer simultanément nos vulnérabilités, nos ressources intérieures et nos engagements concrets.
Voilà donc les contributions de ces deux lecteurs :
Première contribution :
(1) Quelle crise vous touche le plus en ce moment ?
“C’est la crise collective de l’intelligence du cœur, étouffée par la vanité de l’intelligence cérébrale… en commençant par ma propre crise individuelle. Ainsi, il me serait facile dans une approche uniquement cérébrale, de critiquer le désintérêt de ma femme et mes filles envers mon engagement spirituel. Mais par le cœur, j’accepte le mystère de ces trois êtres. Car ce n’est pas ce qu’on croit qui est essentiel, mais nos actes d’amour quand nous y donnons le meilleur de nous-même.”
(2) Quelle pratique, quelle source intérieure ou quelle fidélité vous soutient ?
“C’est le livre Le Signe ou Révélation d’Arès. Après l’avoir lu, ce n’est pas son texte qui m’a définitivement convaincu, mais probablement la perception brutale, sur le lieu des évènements surnaturels à Arès, de la non-dualité totale de l’univers et de Son Créateur, ainsi que de constater l’humilité et le refus d’être un chef de la part de Michel Potay, le témoin de cette révélation, en lisant un de ses articles, Option solitude, écrit en 1990.”
(3) Quel acte concret choisissez-vous — même modeste — pour contribuer au bien commun ?
“Ce qui me mobilise, c’est de parler aux passants dans la rue, pour trouver, sans vouloir les convaincre, ceux qui cherchent la vie spirituelle en actes, qui consiste à mon sens à se changer lentement et librement en aimant tous les humains - ce que j’appelle la pénitence.
Il y a 15 jours, j’ai écrit à N. un email privé sur des sujets spirituels. J’ai senti que nous ne nous comprenions pas l’un l’autre. Mais le même soir dans la rue, Jérémie m’a écouté avec attention quand je lui disais : « il n’y a pas de méthode garantie pour se changer ; l’humain est un dieu qui a peur de sa divinité ». « Oui, il l’a oubliée », m’a-t-il répondu. Je sentais alors N. présent en moi, comme s’il m’aidait; mon email nous avait reliés pendant un temps trop bref. “
Patrick T.
Deuxième contribution :
(1) Quelle crise vous touche le plus en ce moment ?
“De nombreuses crises contemporaines me traversent, mais elles ne m’attristent pas en elles-mêmes. Ce qui m’atteint profondément est leur racine commune : le recul du désir de faire vivre la Vertu, non comme un idéal abstrait ou une posture morale, mais comme une exigence intérieure, incarnée dans les choix, les paroles et les actes.”
(2) Quelle pratique, quelle source intérieure ou quelle fidélité vous soutient ?
“Ce qui me soutient est la cosmologie des Arpenteurs, héritière d’un âge antique, qui offre une lecture du réel à la fois vaste et exigeante. Elle est indissociable d’une distinction profondément ancrée en moi : celle entre ce qui relève de ma responsabilité, mes choix, mes paroles, mes actes, et ce qui relève des systèmes sur lesquels je n’ai pas d’emprise.”
(3) Quel acte concret choisissez-vous — même modeste — pour contribuer au bien commun ?
“Les actes sont trop nombreux pour être listés sans les appauvrir. L’acte central, celui qui les contient tous, est ma vigilance constante à la cohérence de mes actes, et la recherche patiente de la parole juste.
À partir de cet axe, les gestes se déploient naturellement : faire de mon jardin une oasis vivante, pratiquer l’écoconduite, renoncer aux énergies fossiles, adopter une alimentation protéinique essentiellement végétale, produire des légumes hors hiver, et inscrire mon activité professionnelle dans le champ des énergies renouvelables.”
Alexander Djis, auteur de la Voie arc-en-ciel
L’horizon de fraternité nouvelle
J’avoue être profondément touché par ces deux contributions qui témoignent, dans des formulations certes très différentes, d’une même dynamique fondamentale : l’alliance indissociable d’une exigence de vertu et d’une exigence d’engagement. Patrick et Alexander portent chacun ces deux exigences avec leurs sensibilités propres et des référentiels de pensée certainement très divergents. Pourtant, il me semble évident qu’ils contribuent tous deux, depuis leurs lieux d’existence respectifs et par leurs moyens singuliers, à amener clarté et paix dans notre monde qui en manifeste un besoin si criant.
Ces témoignages nous révèlent, me semble-t-il, ce que pourrait être le fondement du Nouveau Monde à bâtir : une civilisation où la rencontre fraternelle ne reposerait plus sur l’adhésion commune à des doctrines ou à des marqueurs identitaires, mais sur la reconnaissance mutuelle d’une vie spirituelle authentique, incarnée dans le concret des existences, libérée de toute barrière idéologique et partagée avec tous dans la quête commune d’un sens renouvelé. Patrick le suggère lorsqu’il affirme qu’il s’agit d’établir une nouvelle forme de lien avec le Vivant où « ce n’est pas ce qu’on croit qui est essentiel, mais nos actes d’amour quand nous y donnons le meilleur de nous-même ». Cette formulation rejoint profondément la démarche d’Alexander qui consiste à « vivre la Vertu, non comme un idéal abstrait ou une posture morale, mais comme une exigence intérieure, incarnée dans les choix, les paroles et les actes. » Deux formulations différentes, nourries de référentiels spirituels différents, qui convergent vers une même vérité : la primauté de l’acte sur le discours, de l’incarnation sur la profession de foi.
Je me découvre en profonde fraternité, dans ce sens précis, avec ces deux personnes, et leurs témoignages m’emplissent d’une joie véritable. Je les en remercie du fond du cœur !
Ma contribution à l’exercice proposé !
(1) Quelle crise vous touche le plus en ce moment ?
“Notre époque affronte de multiples crises, mais celle qui me semble constituer l’épicentre de toutes les autres demeure la perte du sens — et, par conséquent, l’appauvrissement de cette richesse intérieure que seule sa quête permet d’édifier. Elle est aggravée par la dégradation et l’appauvrissement du langage, devenu instrument de manipulation plutôt que vecteur de vérité, et par l’invasion d’images qui saturent nos consciences sans les nourrir.
Face à ce vide, deux fuites symétriques : le consumérisme effréné sous toutes ses formes, ou le basculement dans diverses radicalités — politiques, religieuses, identitaires, nationales. Pendant ce temps, la colère et l’invective colonisent l’espace public, la violence s’immisce dans les relations interpersonnelles, et le lien social se transforme en champ de bataille permanent.”
(2) Quelle pratique, quelle source intérieure ou quelle fidélité vous soutient ?
“Ce qui me soutient, c'est ma volonté, chaque jour, d'aller vers le meilleur de moi-même, de faire en moi la place pour une Présence plus grande. Cela exige d'extirper des profondeurs de mon être l'égoïsme, la lâcheté, la paresse, pour y cultiver l'amour inconditionnel, le courage de rester droit au milieu de la nuit, le goût de l'effort et du dépassement. Et lorsque cette volonté faiblit, elle se retrempe dans la fréquentation assidue des Paroles de Vie qui rafraîchissent mon intelligence et mon cœur.”
(3) Quel acte concret choisissez-vous — même modeste — pour contribuer au bien commun ?
“J'essaie d'aligner mes pensées, mes paroles et mes actions avec cette exigence de vertu, afin qu'un jour peut-être je devienne une preuve vivante qu'une vie autre est possible, plus large et plus digne de la noblesse humaine, « fille du Ciel par le Corps de la terre », comme le proclame un très ancien texte sacré, le Rig-Veda. Cela signifie par exemple me consacrer aux personnes souffrantes dans mon métier de thérapeute, inciter chacun à prendre soin de la vie — la sienne et celle de tout le vivant —, œuvrer à propager une espérance lucide de transformation du monde par la bonification personnelle, écrire et dialoguer publiquement pour diffuser des notions qui favorisent un réveil des consciences et un sursaut des responsabilités.”
Maintenant c’est à vous !
Patrick et Alexander vous ont ouvert la route, suivez-les et dites-leur ce que vous avez ressenti ou pensé à la lecture de leurs témoignages ! Je me joins à eux pour vous en remercier par avance ! De tout cœur avec vous, je vous dis à très bientôt !
© 2026 - Les Dialogues du Nouveau Monde par Jérôme Nathanaël
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Mon cher Jérôme Nathanaël, merci pour ce partage. Tu nous écris : "si vous hésitez encore à participer, aidez-moi à mieux comprendre vos réticences, vos questionnements, vos attentes". J'ai répondu à ta demande parce que j'ai le sentiment d'avoir des choses à dire, mais sans me sentir écrivain... C'est peut-être une des explications à l'hésitation de tes lecteurs. A mes yeux Alexander et toi, après une lecture attentive d'une poignée de vos textes, êtes des écrivains qui mêlent leur intelligence du cœur, une certaine culture, une intelligence cérébrale et une grande expérience de l'écriture. La plupart des lecteurs intéressés sont écrasés par un tel voisinage lorsqu'il leur prend l'envie de participer... Une suggestion concrète (mais difficile, je sais...) ? Divisez par cinq chacun de vos textes ; cela laissera au lecteur un espace pour écrire un texte à la mesure de son expérience d'écriture. Et soyez bien sûr très très patients dans l'espérance de dialogue que vous souhaitez nouer. Avec vous dans la recherche active du Bien, Patrick T.
Merci pour ce partage Jérôme. Contribuons à l'élargissement de cette initiative fraternelle.