4 Commentaires
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Avatar de Blanchard S

Vous l'avez déjà nommé , mais je rajoute une nuance dans la montée de l'orgueil qui arrive à flirter sans vergogne avec le sentiment de toute puissance, et on sait les dégats que cela peut représenter, Le couple Monsieur Orgueil et madame Vanité fonnt bon ménage

Avatar de Jérôme Nathanaël

Merci pour cette nuance bienvenue, qui prolonge le texte avec une précision que j'aurais pu développer davantage.

Vous touchez juste : la vanité est souvent l'expression visible, sociale, de l'orgueil — son versant tourné vers les autres, là où l'orgueil est d'abord une posture intérieure. L'orgueilleux peut se passer du regard d'autrui pour se croire supérieur ; le vaniteux, lui, a besoin de ce regard pour exister — il se nourrit de l'admiration, de l'approbation, de l'effet qu'il produit. En ce sens, la vanité est l'orgueil qui a besoin d'un miroir : elle révèle, en creux, une fragilité que l'orgueil cherche précisément à masquer. Le couple que vous nommez est donc bien assorti, mais non symétrique : Monsieur Orgueil se croit autosuffisant, Madame Vanité réclame en permanence confirmation — et ensemble, ils entretiennent une fiction de grandeur qui n'a précisément plus besoin du réel pour se sustenter.

Quant au sentiment de toute-puissance que vous évoquez — c'est en effet le degré supérieur, celui où la citadelle ne se contente plus de se défendre mais prétend régner. L'histoire, petite et grande, nous a suffisamment montré ce que ce glissement peut produire lorsqu'il rencontre le pouvoir.

Merci de cheminer avec ces textes et d'y apporter votre propre regard.

De tout cœur,

Jérôme Nathanaël

Avatar de Blanchard S

Et pour continuer cette métaphore du couple Monsieur Orgueil et Madame Vanité, il prend pour assurance vie le nom "d'Élite" qui se perpétue par l'arrogance, et le mépris, déguisés en méritocratie, en se renforçant dans l'entre soi avec d'autres amis du même bord, qu'ils appellent les puissants du pouvoir dont le langage des exclusions à tout va. Les uns ne vont pas sans les autres.

Avatar de Jérôme Nathanaël

Vous dépeignez avec une acuité certaine ce que l'orgueil et la vanité deviennent lorsqu'ils s'institutionnalisent : le groupe se referme, l'arrogance se légitime sous les habits de la méritocratie, et le mépris circule comme une monnaie d'appartenance. Ce mécanisme-là est réel, et l'histoire des élites — dans tous les sens du terme, à toutes les époques — en offre d'innombrables illustrations.

Mais permettez-moi d'ajouter ce que ce texte voulait pointer en filigrane : le plus grand danger n'est pas tant l'orgueil que nous observons chez les autres — fût-il systémique et collectif — que celui que nous portons en nous sans le voir. Car nous baignons tous dans ce monde-là, et le mimétisme est notre pente naturelle : nous absorbons les valeurs ambiantes, les hiérarchies implicites, le langage de la comparaison et de la compétition, souvent à notre insu. L'orgueilleux que je décris dans cet article n'est pas seulement le puissant arrogant — c'est aussi, plus discrètement, chacun d'entre nous dans ses moments de fermeture, de certitude excessive, de refus d'être remis en cause.

C'est pourquoi la boussole reste toujours la même : s'occuper de ce qui dépend de soi. Épictète le formulait avec cette économie de moyens qui est la marque des grandes intuitions — travailler sans relâche sur le seul terrain qui soit véritablement nôtre : notre propre intérieur. C'est ingrat, c'est invisible, c'est lent — et c'est précisément pour cela que c'est le chemin.

Merci pour cet échange qui va au fond des choses.

De tout cœur,

Jérôme Nathanaël