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Avatar de x23

Ce texte m'a frappé par l'affirmation que la Shoah n'est pas une régression vers la barbarie, mais une perversion de l'humain par lui-même à son stade le plus avancé. Ce renversement change tout : il signifie que le danger croît avec nos capacités, et non malgré elles. Y a-t-il selon vous, dans votre propre expérience ou dans ce que vous observez autour de vous, des signes concrets que cette dissociation entre intelligence et conscience s'approfondit aujourd'hui — ou au contraire des contre-exemples qui vous donnent confiance ?

Avatar de Jérôme Nathanaël

Désolé de vous répondre si tardivement mais j n'avais pas vu votre commentaire. Votre question touche quelque chose que je ne peux regarder sans quelque tristesse. Les signes d'aggravation de cette dissociation sont nombreux, et deux me frappent plus que les autres dans leur banalité même : la dégradation du langage et de la lecture, qui sont les premiers outils de toute prise de conscience, et la peur de se confronter à soi-même, qui pousse tant d'existences vers la fuite dans le bruit plutôt que vers le silence qui seul permet de se voir. Sans langage précis, on ne pense pas vraiment — on réagit. Et sans retour sur soi, on ne se transforme pas — on dérive.

Mais il y a l'autre versant. Je le vois dans ce qui m'est donné de lire et d'entendre : un nombre croissant de personnes qui s'interrogent vraiment, loin de tout mouvement constitué, sur la direction que prend le monde, et qui cherchent à retrouver une humanité plus juste, plus authentique. Nous n'en sommes qu'aux prémices. Mais chaque transformation personnelle, chaque bonification intérieure, rend ce mouvement un peu plus visible et un peu moins facilement ignorable.

C'est cela, au fond, ce en quoi je crois le plus : non aux réformes de surface, mais à l'effort de l'homme changé. Chaque être qui travaille sérieusement sur lui-même irradie, souvent sans s'en rendre compte, sur son entourage le plus proche. L'histoire ne bascule pas en une génération — mais elle ne basculera jamais autrement que par là.