4 Commentaires
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Avatar de Patrick Thazard

Merci pour cette dédicace mon cher Jérôme Nathanaël, à moi qui ne me sent pas vraiment humble. L'humilité - comme l'amour et la liberté - est de ces mots au sens changeant. Naturellement chacun les voit selon sa propre expérience de vie. Ces mots tentent en vain de relier la Terre et le Ciel, séparés d'une distance infinie. Le chercheur spirituel tente d'incarner ce lien dans sa vie, mais nous sommes tous plus ou moins orgueilleux ou égocentriques. L'orgueilleux a "la tête dans un sac épais" (citation du livre qui m'inspire) qui lui masque la réalité, et disons que l'égocentrique a un sac un peu plus transparent... J'ai commencé à me battre contre mon orgueil vers l'âge de quinze ans, et je n'ai pas fini. Ce qui m'est le plus utile, c'est de savoir que mes actes de dépassement dans l'amour envers tous ont la vertu de dissoudre un peu de mon égocentrisme. Oui, l'amour vrai humilie. Quelle lente mais joyeuse libération ! L'humilité est alors une énergie intérieure puissante pour aller plus loin.

Avatar de Jérôme Nathanaël

Cher Patrick, cette dédicace te revenait de droit : c'est ton commentaire au premier article des Dialogues consacré aux contributions des lecteurs qui m'a convaincu que cette rubrique Abécédaire, dont l'idée m'avait traversé l'esprit au début du mois, était juste et nécessaire !

Ce que tu dis sur les mots humilité, amour, liberté, qui « tentent en vain de relier la Terre et le Ciel » me touche bien sûr. Tu mets le doigt sur quelque chose d'essentiel : ces notions ne peuvent jamais être entièrement définies, elles peuvent seulement être vécues, et chacun les éprouve à la mesure de son propre combat intérieur. C'est d'ailleurs pourquoi l'Abécédaire ne prétend pas fixer le sens de ces mots, mais ouvrir une conversation autour d'eux.

L'image du sac — épais pour l'orgueilleux, un peu plus transparent pour l'égocentrique — est savoureuse et juste. Même celui qui cultive l'humilité avec vigilance reste avec un sac sur la tête, sans doute bien plus transparent que celui de l'égocentrique, mais sac tout de même. Percerait-il un trou pour mieux y respirer, il n'absorberait encore qu'une infime partie du Souffle infini qui parcourt les univers — et sa vision du Mystère resterait bornée par l'étroitesse de son regard, la fragilité de sa condition. Cependant, cet humble-là s'installerait déjà dans la joie et non dans la souffrance de l'humiliation : car, à chaque renoncement aux exigences de son ego, à chaque abandon à l'Amour, il entrerait dans une dimension de résonance et de lien profond avec l'autre.

Est-ce pour cela que le mot "bénédiction", trop souvent confondu avec une quelconque protection magique, vient de la racine hébraïque b.r.k, qui signifie à la fois bénir et s'agenouiller — berekh (בֶּרֶךְ) étant le genou en hébreu ? Comme si bénir, c'était fléchir le genou vers celui qu'on aime, s'abaisser vers lui. Quand le Créateur, le Vivant, ou quel que soit le nom qu'on veuille Lui prêter, bénit un être ou un monde, Il lui accorde une attention d'Amour en se faisant, Lui l'Immense, l'Infini, l'Omniprésent, à la mesure de celui qu'Il aime ! Depuis le jour où j'ai découvert cela, la lecture de certains passages de la Bible hébraïque est toujours un moment de grande émotion !

La bénédiction d'Abraham en est peut-être l'expression la plus vertigineuse : « Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom — et tu deviendras une bénédiction. En toi seront bénies toutes les familles de la terre. » (Genèse 12, 2-3) L'Infini ne bénit pas Abraham pour le distinguer des autres ou le placer au-dessus d'eux : Il le bénit pour qu'il devienne lui-même bénédiction, pour que ce don reçu se transmette et irrigue l'humanité entière. La bénédiction n'est jamais une possession, elle est un passage, un relais, un mouvement qui ne peut se déployer qu'en se donnant. Et n'est-ce pas là, précisément, ce que l'humilité rend possible : cesser de thésauriser ce qu'on a reçu pour le laisser circuler librement vers ceux qui nous entourent ?

Merci pour ce compagnonnage, cher Patrick, et pour ce rappel que le chemin de l'humilité n'a pas de terme, mais qu'il peut être, comme tu le montres si bien, une source de joie croissante.

Avatar de Gwénaelle G.

Merci pour cette nouvelle rubrique qui promet d'être intéressante. Petite question : pourquoi le choix de commencer par le H et par Humilité ?

Avatar de Jérôme Nathanaël

Merci pour cette question qui me donne l'occasion d'expliquer un choix qui n'est pas évident ! J'aurais en effet pu commencer par le A — et publier les entrées dans l'ordre strict de l'alphabet. Mais j'ai préféré suivre une autre logique : celle d'une progression dans le développement spirituel, où chaque notion ouvre naturellement vers la suivante.

Et dans cette progression, l'humilité me semble bien être la première pierre. Non pas parce qu'elle serait la plus facile à acquérir — c'est tout le contraire, comme le texte le souligne : elle exige une vigilance douce et constante, et l'orgueil revient nous guetter à chaque victoire sur nous-mêmes. Mais précisément parce qu'elle est le "préalable" : sans ce travail fondateur sur soi, les autres qualités que nous voulons cultiver risquent de se construire sur du sable — ou pire, de nourrir subtilement la suffisance qu'elles prétendent dépasser.

L'Abécédaire ne suivra donc pas l'ordre du dictionnaire, mais celui d'un cheminement intérieur — avec, j'espère, une certaine cohérence de l'une à l'autre des entrées. La suite vous le confirmera !